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Dernière mise à jour : 04.08.2023
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Fin de vie

Publié à 11:15 par fandeloup Tags : vie homme article
Fin de vie

Fin de vie : le Conseil d'Etat se prononce pour l'arrêt des soins de Vincent Lambert

Vincent Lambert est en état « pauci-relationnel » depuis un accident de la route il y a près de six ans.

Tétraplégique, il est totalement dépendant, bouge les yeux, ressent la douleur mais on ne sait pas s’il comprend lorsqu’on lui parle.

La décision du Conseil d'Etat est tombée ce mardi. La plus haute juridiction administrative française s'est déclarée en faveur de l'arrêt des soins de Vincent Lambert, cet homme de 38 ans maintenu en vie dans un état végétatif depuis sept ans.

La plus haute juridiction administrative française a jugé légale la décision médicale prise par le CHU de Reims de mettre fin aux traitements de Vincent Lambert.

Il a ainsi suivi l'avis du rapporteur public, qui avait préconisé vendredi l'arrêt des soins, estimant que le patient était maintenu «artificiellement» en vie, ce qui relevait d'une «obstination déraisonnable».

La famille de ce patient, inconscient depuis un accident de la route, se déchire, les uns réclamant la poursuite du traitement qui le maintient en vie, les autres exigeant son arrêt.

Ancien infirmier en psychiatrie de 38 ans, Vincent Lambert est hospitalisé au CHU de Reims après un accident de la route en 2008 qui lui a occasionné, selon les médecins, des «lésions irréversibles».

Les parents saisissent en urgence la Cour européenne des droits de l'homme

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a par ailleurs annoncé mardi avoir été saisie en urgence par les parents de Vincent Lambert, qui espèrent qu'elle s'opposera à l'arrêt des soins du tétraplégique.

La CEDH a été saisie d'une demande d'intervention sur la base de l'article 39 de son règlement, qui prévoit qu'elle peut imposer aux Etats des mesures urgentes et provisoires, «à titre exceptionnel, lorsque les requérants seraient exposés -en l'absence de telles mesures- à un risque réel de dommages graves et irréversibles».

EN BREF

Le rapporteur public du Conseil d'Etat s'est prononcé ce vendredi contre le maintien en vie de Vincent Lambert, tétraplégique et muet depuis un accident de voiture en 2008.

Les parents, catholiques, souhaitaient le maintien de leur fils en vie tandis que son médecin, son épouse et son neveu prônaient l'arrêt des soins.

Pour comprendre pourquoi il est si difficile de trancher, il faut plonger dans les conflits d'une famille déchirée.

Nous republions l'article "Vincent Lambert, condamné au silence", paru dans le "Nouvel Observateur" du 6 février 2014.

"Vous êtes bien sur le portable de Vincent Lambert". Une voix, grave, chaleureuse, se fait entendre à l'autre bout du téléphone, désormais celui de son épouse Rachel. Cela fait cinq ans que la voix du répondeur résonne dans le vide. Fantôme obstiné, rappelant le Vincent Lambert d'avant l'accident de voiture fatal, ce trentenaire, tout juste père, infirmier, qui avait la vie devant lui.

Vincent Lambert est aujourd'hui cloué sur un lit d'hôpital. Muré dans le silence. Le jeune homme de 38 ans est dans un état "pauci-relationnel, de conscience minimale plus", comme disent les médecins. Il ne peut pas interagir avec ses proches. Même pas d'un clignement de paupière, comme dans "le Scaphandre et le Papillon" qui racontait le calvaire d'un homme atteint d'un locked-in syndrome. Il a été dépossédé de lui-même.

Il n'est même plus le Vincent qu'ont connu ses proches, mais le Vincent Lambert de "l'affaire". Objet d'une bataille entre l'équipe médicale, soutenue par son épouse et une partie de la famille, en faveur de l'arrêt des traitements, et ses parents qui, à coups de référés, s'y opposent. Héros malgré lui d'un feuilleton macabre, où les projecteurs médiatiques se sont braqués sur l'espace intime d'une chambre d'hôpital désormais fermée à clé, gardée par des vigiles et des caméras de sécurité.

Désir de vivre ?

On peut tout faire dire au silence. Ceux de Vincent Lambert sont scrutés par les juges, les médecins, sa famille.

Vincent se tait, mais c'est cela qui est troublant, il peut sourire, grimacer, voire pleurer. Chacun peut interpréter ces signes comme il le veut. D'un côté, les parents de Vincent, Pierre et Viviane (qui n'ont pas souhaité nous répondre), en sont persuadés : les larmes de Vincent étaient des larmes de joie, joie "d'avoir été sauvé" une première fois en mai, quand les traitements ont repris, puis une seconde fois, aujourd'hui, alors que le tribunal administratif s'est opposé le 16 janvier à l'arrêt des soins.

Dans cette bataille, les parents et leurs proches, mus par des convictions religieuses tranchées - ils sont proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, qui a été excommuniée un temps par le Vatican pour ses positions intégristes - se sont adjoint les services de Me Jérôme Triomphe, avocat également de l'association de fondamentalistes catholiques Civitas :

C'est la première fois depuis 1981 qu'un avocat plaide pour un condamné à mort, a-t-il déclaré sur Radio Courtoisie. Pour l'instant les autorités religieuses ne sont pas intervenues, honte à elles, elles devront en rendre compte devant le Tout-Puissant."

Le camp pro-vie n'a reculé devant rien : des huissiers sont venus jusque dans la chambre d'hôpital pour constater la tentative "d'assassinat". Les photos de Vincent sur son lit ont été diffusées dans les médias et dans des blogs comme Riposte catholique, le site de la "réinformation catholique au quotidien", farouchement opposé à l'avortement, ou même à la loi Leonetti, qualifiée de loi d'euthanasie.

On disséquait le "beau sourire de Vincent" et "son visage apaisé". "Il va bien, regardez", a lancé l'un des avocats lors d'une audience, en brandissant un cliché montrant Vincent sur un fauteuil devant l'hôpital, lors du mariage de sa soeur. "Il n'aurait jamais voulu qu'on l'exhibe comme ça", se désespère François, son neveu et ami, qui s'est porté partie civile, comme l'équipe médicale.

Ou désir de mourir ?

De l'autre côté, l'épouse de Vincent, et Rachel, soutenue par plusieurs frères et soeurs de son mari. Teint translucide, yeux clairs, elle tient on ne sait comment. Cela fait cinq ans qu'elle était à son chevet, tous les jours. Elle a mis sa vie entre parenthèses, déménageant pour suivre son mari d'un hôpital à l'autre, embarquant avec elle leur fille : la petite avait quelques mois quand l'accident est survenu. La vie de Rachel est depuis ce jour-là une vie d'attente. Attendre, espérer et tomber. Attendre en réanimation :

Et ce premier choc : quand on l'a sorti du coma artificiel, il a enroulé les bras. Je suis infirmière, je sais ce que ça veut dire... C'est très mauvais signe."

Attendre pour avoir une place dans un centre d'éveil de Berck, attendre plusieurs mois l'amélioration qui ne vient jamais, puis partir. Attendre pour obtenir une place à Liège, où des spécialistes ont cartographié le cerveau de Vincent, révélant toutes les zones lésées, et proposé une euthanasie refusée par Rachel.

Espérer encore un miracle avec une opération de la dernière chance, qui ne donnera rien. Se raccrocher à ces 80 séances d'orthophonie, pour tenter d'établir une connexion. En vain. Le jeune homme avait dit à son épouse, à son frère Joseph qu'il ne souhaiterait pas vivre ainsi, si un jour ce genre de choses lui arrivait, mais il n'a rien écrit. Reste donc ces "gestes d'opposition aux soins" notés par l'équipe médicale et sa femme, ces grimaces. Mais comment vaincre le silence ?

Je veux juste qu'on respecte mon mari et ce qu'il a été. Faire entendre sa voix", dit Rachel.

Avec l'hôpital de Reims, elle a déposé un recours devant le Conseil d'Etat et attend l'ultime décision juridique dont dépend le sort de Vincent Lambert [le Conseil devrait se prononcer à nouveau le vendredi 20 juin].

Instrument d'une "croisade"

Accusé de n'avoir pas suffisamment informé les parents, le docteur Kariger explique : "Pour nous, la personne référente était Rachel, simplement parce qu'on la voyait tous les jours." Contrairement aux parents de Vincent, qui, habitant dans le sud de la France, venaient le voir quatre fois par an. Joseph, son frère, qui soutient l'équipe médicale, s'interroge :

Aujourd'hui, ma mère est partie dans un combat qui n'est plus seulement celui d'une mère pour son fils. Mes parents auraient pu louer un appartement à Reims pour être plus proches de Vincent. Mais ma mère ne pouvait pas quitter la Drôme, où elle s'est installée pour se rapprocher du monastère Sainte-Madeleine du Barroux, où l'un des mes demi-frères a longtemps été moine. La religion, c'est tout pour elle."

Très catholiques, Viviane et Pierre Lambert avaient pourtant déjà l'un et l'autre une famille quand ils se sont rencontrés. Lui était gynécologue, militant anti-avortement, elle, assistante, distribuait aussi des tracts pro-vie. Les enfants Lambert ont grandi dans cet univers corseté, élevés dans des pensions de la Fraternité Saint-Pie-X. Vincent, lui, se révolte durant l'adolescence, c'est un garçon entier, extrême, avec sa part d'ombre, ses blessures secrètes et une rancoeur sourde contre ses parents, celle de ne pas avoir été assez protégé enfant.

Comme leur aîné, Joseph et Marie ont choisi de s'éloigner de cette religion écrasante à la maison, où il fallait le dimanche "faire le chapelet". Seule leur soeur Anne est restée du côté des parents. Elle s'est également portée partie civile, même si elle semble dépassée par la tournure qu'ont pris les événements.

Vincent avait profondément rejeté les valeurs de mes parents, je leur en veux beaucoup de l'utiliser pour leur croisade", note Joseph qui ne leur a quasiment plus adressé la parole depuis mai.

A l'hôpital, autour de la chambre de Vincent, s'anime un étrange ballet. On se croise, on s'évite. Dans un silence hostile. "Dans cette histoire, il n'y a que des victimes", observe le docteur Kariger. Et Vincent dans tout ça ? A t-il conscience de la guerre farouche qui se livre autour de lui ? Le jeune homme a fait une crise d'épilepsie et sa température est instable. Veut-il manifester sa détresse d'avoir été condamné à vivre ou celle d'être sous la menace d'une condamnation de mort ? On peut faire dire tant de choses au silence.